
Être fan, ça fait quoi ?
Bien qu'elle soit encore très neuve pour moi, je peux affirmer que l'expérience de fan n'est pas anodine. Si je devais introduire mon expérience à quelqu'un qui ne l'a jamais vécu et le comprend difficilement, je dirais qu'au départ, c'est comme tomber amoureux⋅se.
En août 2020, j'ai commencé à écouter les deux albums de Harry Styles : Harry Styles et Fine Line, après avoir adoré Watermelon Sugar qui passait en boucle depuis le début de l'été. Je suis donc d'abord tombée amoureuse de sa musique, elle me transportait. Je me rappelle notamment des premières fois que j'ai écouté Two Ghosts, morceau dans lequel la guitare me bouleversait à chaque écoute. Je me suis ensuite intéressée à l'homme derrière de si bons albums, et j'avais de quoi faire : il était sur le devant de la scène depuis 2010, alors qu'il n'avait que 16 ans. J'ai donc passé des heures à regarder toutes les vidéos possibles où il apparaissait : interviews avec les One Direction, talk shows, performances à la télévision, performances en concert, montages de fans, leur film documentaire This is us, même les vidéos quelque peu complotistes sur la supposée romance entre Harry et Louis Tomlinson (dont le ship name est Larry Stylinson). Il était sans arrêt dans ma tête : j'allais faire de la voile, je pensais à lui, j'allais faire un tour en vélo, mes pensées me ramenaient à celui dont je venais de découvrir l'existence. C'était vraiment comme si je venais d'avoir un coup de foudre - romantique ou amical - pour quelqu'un que je venais de rencontrer. La sensation était incroyable : j'apprenais tous les jours un peu plus qui il était, qui il avait été, en même temps que je m'acclimatais petit à petit à l'univers construit par les fans. Au bout d'un moment j'avais fait le tour des vidéos, pourtant, à la différence d'autres artistes que j'aime beaucoup, je peux les regarder en boucle et je finis par les connaître par cœur. Quelques exemples :
Je sais qu'en mettant ces vidéos je fais partie d'une communauté particulière : elles représentent des moments iconiques (ou emblématiques, si ce mot vous agace) de Harry Styles pour tou⋅te⋅s les fans. Et c'est peu dire : des fans se sont amusées à refaire le Carpool Karaoke en interprétant chacune une personne dans la voiture ! Les vidéos citant Harry Styles montrent aussi à quel point être fan fait partie intégrante de la vie quotidienne : j'aimerais être anglophone pour quote Harry on a daily basis.
Revenons à mon expérience personnelle : ma fanatique obsession pour Harry Styles, vous l'aurez compris, se caractérise par suivre la vie de l'artiste, regarder en boucle des interviews et encore plus important, ne jamais se lasser de sa musique. Cette expérience est intimement réconfortante : tous ces éléments me donnent un sourire dans une mauvaise journée, me poussent à devenir meilleure, me donnent un modèle positif de vulnérabilité et de créativité.
Après les premières semaines de rencontre, le sentiment "amoureux" s'estompe, mais l'obsession est toujours présente : j'ai écouté tous les albums des One Direction pendant plusieurs mois, j'ai téléchargé Twitter uniquement pour pouvoir enregistrer en bonne qualité les photos de concert, de photoshoot ou de clips sur mon téléphone et mon ordinateur (j'ai à l'heure actuelle 388 photos cachées dans les photos masquées de ma photothèque). Il est évidemment mon fond d'écran sur les deux appareils depuis deux ans, ma coque de téléphone et mes stickers. Mon feed Insta est presque exclusivement rempli de références à lui.
Surtout, j'ai commencé à lire des articles entiers sur lui, notamment ceux de Rolling Stone, qui m'ont immergés dans une intimité que la caméra ne permet pas : le fait que Harry ait de nombreuses voitures de collection, la musique qu'il y écoute, le processus d'écriture de ses albums, le fait qu'il médite souvent, qu'il est végétarien, son rapport à l'amitié etc.
Le plus important dans tous ses symptômes (que je pourrais encore beaucoup développer), c'est tout ce qui ne se voit pas, tout ce qui se ressent et se vit. J'ai grandement amélioré mon anglais grâce à lui (jamais l'école ne m'aurait appris à comprendre et parler aussi bien), je me suis rapprochée de la fille de la compagne de mon père de cette manière car elle aussi est devenue fan au même moment, je vis des émotions extrêmement fortes lorsque je le vois dans le trailer du film d'Olivia Wilde Don't Worry Darling (je n'ose pas imaginer quand il sera au cinéma), je me calme en pensant à lui quand je suis anxieuse. Pour autant, mon bonheur ne dépend pas de lui, il ajoute simplement une touche magique à ma vie. S'il venait à agir d'une manière que je ne soutiens pas ou s'il sortait un album qui ne me plaisait pas, je le laisserais aller (même si on va pas se mentir, ça serait un peu dur). L'attachement que j'ai développé n'est finalement que de mon fait, il n'y a rien de plus sain que cette relation.
Pour élargir le sujet, notamment à travers le prisme des fangirls, qui sont souvent incomprises et déconsidérées, je vous invite à regarder la vidéo de Clara, de la chaîne YouTube clara dxf (anciennement clarinette). Elle fait taire tout le mépris et la misogynie que subissent les fangirls, en expliquant de façon très complète le jugement qu'elles subissent, l'intérêt et les bienfaits d'être une fangirl, ainsi que l'importance qu'elles peuvent avoir dans le succès d'un⋅e artiste.
